Rémunération
1000 $ en actions d'IBM Corp pour chaque salarié d'IBM à travers le monde !
- Détails
- Créé le 9 février 2011
Sam Palmisano, CEO d'IBM Corp, a annoncé, le 18 janvier 2011, l'attribution de 1000 $ en actions d'IBM Corp pour chaque salarié d'IBM à travers le monde.
La note d'information du DRH « West Europ » Tim Stevens, n'a pas tout éclairé sur cette mesure, mais nous pouvons maintenant la décrypter sans trop de risque d'erreur.
Cette distribution ne se fera pas par des stock options mais une distribution gratuite d'actions. Cela change le contexte de fiscalisation et de socialisation des sommes attribuées.
Pour rappel, les stock-options sont des options d'achat à un prix fixé, avec possibilité d'utiliser le droit acquis au delà d'un certain délai et au prix fixé à la date d'attribution de ces stock-options. Ce n'est donc financièrement intéressant que pour les actions dont le cours est à la hausse...
Pour ce qui est de la distribution gratuite d'actions, les salariés deviennent actionnaires sans fournir aucun apport financier. Le salarié est donc sûr d'avoir un gain puisqu'il pourra revendre ses actions au cours du jour (quel qu'il soit) alors qu'il n'a rien payé. L'avantage pour l'entreprise est l'exonération des charges sociales traditionnelles (Sécu, retraite, chômage). Fiscalement, pour le salarié, l'imposition est applicable à la date de cession gratuite des actions, soit 2015 pour le dispositif mis en place par IBM. C'est la plus-value d'acquisition qui est taxée (comme elles seront gratuites, c'est donc toute la valeur des titres à la date d'acquisition). La taxation est forfaitaire au taux de 42,3 % (taux actuel de la loi fiscale). Toutefois, mais c'est à confirmer par un fiscaliste, il serait possible de faire entrer ces plus-values dans les revenus salariaux (ou de retraite) au titre de l'année 2015, à la demande du bénéficiaire.
Cette distribution n'arrivera jamais à faire oublier aux salariés d'IBM France la dégradation catastrophique de leur rémunération. Les dernières augmentations salariales collectives (augmentations générales) datent d'il y a 25 ans ... Et vouloir faire de tous les salariés d'IBM des actionnaires a un arrière-goût « association capital-travail » fort éloigné de la réalité vécue par le Personnel. Toutefois, la CFDT apprécie le principe d'une somme fixe pour tous. De plus, cela va pour une fois favoriser nos collègues des pays émergents et du tiers-monde, compte tenu des niveaux de vie locaux.
Mais la direction d'IBM (France, Europe, Corp ?) a cru bon de mettre une petite louche de discrimination. Un atavisme récurrent ... IBM a donc annoncé que les salariés évalués deux fois 3 (la mauvaise note chez IBM) entre 2007 et 2010 seraient exclus de la distribution. Quand on connaît les tricheries sur l'évaluation, dues à l'application de quotas, on ne peut que s'indigner. Cela est d'autant plus inacceptable que cette éviction apparaît comme une sanction financière. Dès lors qu'il n'y a aucune proportionnalité entre les résultats individuels des salariés et le montant attribué (du fait de la somme fixe de 1000 $), il ne peut y avoir aux yeux de la législation française de mesure discriminatoire. La CFDT étudiera, quand le processus d'IBM sera intégralement publié, les moyens de la riposte à cet nouvelle entorse au droit du travail.
Pour mesurer l'ampleur du « geste » d'IBM, il faut savoir qu'il y a environ 410 000 salariés à travers le monde qui pourraient prétendre aux 1000 $ en actions. Soit un montant total de 410 M$ (300 M€) pour 2,5 millions d'actions. Ces dernières années, IBM Corp a racheté à plusieurs reprises ses propres actions (cela fait grimper le cours de l'action et permet des gains colossaux à long terme). Le dernier rachat a été annoncé le 26 octobre 2010, pour un montant de 10 milliards de dollars. Soit 20 fois plus que ce que la Corp va distribuer. Voilà qui relativise le cadeau au salarié, alors que les bénéfices d'IBM (et les dividendes) explosent, et qu'IBM France a reçu le label de meilleur contributeur mondial au sein d'IBM en terme de profit.



