Dossier N°2 – Mise à Jour 2018               (cliquez ici pour la version 2017)

IBM, modèle de vertu morale et fiscale – Ne pas rire

Analyse mise à jour en août 2018

À l’occasion des révélations des « Paradise Papers », la CFDT analyse comment IBM se joue des aspects fiscaux et moraux.

IBM demande à ses employés d’être exemplaires en matière de comportement éthique. Quoi de plus normal ?

Dixit notre président d’IBM France : “L’intégrité et la lutte contre la corruption sont l’affaire de tous et font partie intégrante de notre culture d’entreprise. (…) De très longue date, IBM France a mis en œuvre des mesures fortes pour prévenir et détecter les violations de nos valeurs et pour protéger les lanceurs d’alerte. Etc. etc… Je vous remercie de votre vigilance”

Par ailleurs, nous avons répondu à un questionnaire qu’IBM demande à ses salariés de signer, comme IBM le fait pour de nombreux sujets. Il est donc interdit, directement ou indirectement, de faire plein de choses, et c’est justice :

  1. a) Proposer à un Agent Public un avantage indu en vue d’obtenir ou d’accélérer la prise d’une décision, telle que la réponse favorable à un appel d’offres, l’obtention d’autorisations d’importation / exportation ou de certifications, l’octroi de visas ou de permis de travail ; b) Proposer ou accepter toutes formes de rétro-commissions, c’est à dire un paiement effectué en contrepartie d’un bénéfice indu ; c) Proposer de prendre en charge ou rembourser les frais de déplacement de clients, existants ou potentiels d’IBM, ou d’un Agent Public ou d’un de leur proche, avec l’intention d’obtenir un bénéfice indu ; d) Recommander ou sélectionner la société d’un Proche en tant que fournisseur d’IBM, sans déclarer ses liens avec cette société et sans avoir obtenu au préalable l’accord du service Achats ; e) Faire un don à une association caritative, avec une intention d’obtenir un bénéfice indu ; Etc., etc.

Tout cela est bel et bon ; il ne nous viendrait pas à l’idée de faire toutes ces mauvaises actions. Nous avons, nous les salariés d’IBM, de la tenue. Mais IBM a omis de nous signaler ce que des ONG américaines comme ITEP – Institute on Taxation and Economic Policy ont découvert récemment et mis en avant dans ce qu’on appelle désormais les “Paradise Papers“, repris et développés par les membres de l’ICIJ – International Consortium of Investigative Journalists, à savoir qu’IBM – entre autres sociétés nécessiteuses – cachait ses sous de façon à payer le moins possible d’impôts. Le fisc américain, au moins lui s’il fait son boulot pour lequel le contribuable américain le paye, devrait être en train de se pencher là-dessus.

On peut légitimement supputer que notre PDG Ginni Rometti, qui s’était précipitée chez Donald Trump une fois celui-ci élu Président des Etats-Unis pour lui offrir ses services et lui expliquer qu‘IBM était une entreprise américaine citoyenne, patriote et responsable, ne lui a pas révélé ces petits arrangements avec la morale publique, qui à l’évidence vu les sommes en jeu, ne datent pas d’hier.

Mais tout ceci n’est pas bien grave. Une chose au moins est sûre, c’est que Ginni est actionnaire de notre bonne IBM qui n’est pas une marâtre puisque ses émoluments se montaient en 2016 à 32,7 millions de dollars, versements d’actions non compris. Pour information, Satya Nadella – le PDG de Microsoft, entreprise qui se porte comme un charme – aura touché 17 millions en 2016, y compris bonus et actions gratuites. Donc largement moitié moins que notre Ginni, à laquelle nous devons quand même le droit de pouvoir se soigner le moral. Voir IBM si mal en point nécessite de se faire un peu plaisir. Et il faut bien arriver à faire bonne figure au Brynwood Golf & Country Club d’Armonk le dimanche.

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